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QUELQUES LIGNES SUR LA TECHNIQUE DE MEDITATION
ET SES CONSEQUENCES
LA TECHNIQUE MEDITATIVE vise à fermer l’œil de raison qui utilise la logique, articule
les faits, élabore les concepts et connaît le mental lui-même.
On sait que cet œil de raison utilise les informations qui en proviennent ou perçoit
directement les formes même subtiles et les idées. Il comprend et transcende l’œil
de chair, de même que le mental dirige et anime le corps. Ce domaine matériel est
formé et dirigé par cet œil, ce qui montre son intelligibilité logico-mathématique,
tout autant que les miracles, ou les psychokinétiques enregistrés par la parapsychologie.
Pour nous, cet œil se situe dans le cerveau gauche, au front supérieur.
Quand cet œil de raison est fermé volontairement, s’ouvre naturellement l’œil de contemplation
qui connaît les réalités transcendantes et les vérités salutaires qui mènent à la libération
du monde phénoménal et à la réalité ultime. Il transcende l’œil de raison comme celui-ci
transcende l’œil de chair. Il connaît de façon immédiate ce qui est au-delà de la logique
et des concepts, ce qui est conscience pure, lumineuse et béatifique.
L’achèvement de la méditation et de l’homme se trouvent dans cette contemplation de la réalité
ultime, qui est aussi la réalisation de sa nature essentielle.
TECHNIQUE DE MEDITATION :
La méditation (bhâvanâ en Pali, dhyana en Sanscrit, Chan en Chinois, Zen en Japonais et
gompa en tibétain, Thien en Vietnamien) est un entraînement physique et surtout mental,
éclairé par l’esprit. Elle vise à développer, transformer puis dépasser le moi empirique.
Elle intéresse indissolublement le corps, le mental –sous tous ses aspects - et l’esprit.
La phase ultime de la méditation n’est jamais la culture du moi, mais la transcendance
du moi (ou selon le concept occidental, la mort du vieil homme, remplacé par son fondement divin).
Toutefois, il ne s’agit pas d’assassiner le moi mais de le libérer. Cet organe psychique
(le moi) – selon l’expression occidentale, indispensable au début de l’évolution de l’être,
situé dans une perspective évolutive à mi-chemin du Nirvana, n’est pathogène que si l’on
s’y identifie et s’y fixe, au lieu de le dépasser. Mais, il faut s’individualiser avant
de se dissoudre. Seul un Moi (Nga) sage voire évolutif peut accepter sans crainte de laisser
place au non-moi (vo nga) (anatà) qui le transcende.
Dans son contexte naturel, la méditation n’est jamais isolée, mais toujours pratiquée en même
temps qu’un mode de vie proche de la nature (fait l’éloge de la nature même), qui en constitue
l’épanouissement (du corps) naturel, physique, mental et spirituel et conditionne son efficacité.
Elle associe ce qui relève d’un affinement de l’outil corporel et mental à ce qui relève de
l’intuition transcendante ou sagesse.
Dans le jargon de la méditation, on cherche à atteindre the unified mind (l’esprit unifié).
Etape préliminaire :
Vider la tête de toutes les idées encombrantes, ainsi que le vagabondage mental.
Pour arriver à cela, on peut :
Soit, suivre voire surveiller le va et vient du souffle, en disant ouvertement :
« je sais que j’inspire, je sais que j’expire » tout en faisant l’effort pour que l’expiration
soit plus longue que l’inspiration.
Soit, dire ouvertement : « Ne parle pas » en allongeant les mots comme le ferait une personne ivre.
Dans le jargon de la méditation, on provoque the just knowing (la connaissance juste) par la parole.
Quand la respiration lente ou la phrase prononcée se fait sans effort, on arrive à la première étape :
on établit un monologue intérieur sur le concept :
Soit, on s’efforce de prendre en conscience intérieure le mouvement de la respiration et on
se concentre toujours sur les 2 concepts : inspiration-expiration (ânâpânasati).
Soit, on établit un monologue intérieur en ayant une phrase dans sa tête : « NE PARLE PAS
» (on ne prononce plus les mots, les lèvres se ferment, la langue touche les dents intérieures
pour qu’elle ne bouge pas). On pense bien dans la tête mais on ne prononce pas ouvertement les mots.
Ainsi, le pratiquant est dans l’attention juste (Samadhi-Sati) n’ayant qu’un seul contenu :
la respiration ou les mots « NE PARLE PAS ».
NB : Pour réussir la première et la deuxième étape, il est nécessaire que la persévération
et l’application de l’habitude dans la méditation deviennent normalement un acte quotidien
comme manger, marcher, préparer la cuisine, laver la vaisselle. Alors, on peut réussir.
Deuxième étape :
Soit, on obtient le silence mental, l’esprit est vide de parole aussi bien à l’extérieur
qu’à l’intérieur. Ainsi, on fait évoluer le monologue intérieur
vers l’état de « NON CONCEPT » ou « SILENT MENTAL ».
On est conscient de sa respiration mais on ne la suit plus. Il n’y a plus de mot, ni de dialogue
intérieur sur la respiration.
Soit, le cerveau entend toujours la phrase : « NE PARLE PAS » mais le monologue s’arrête.
C’est l’étape qui nous procure encore plus de félicité presque de l’euphorie. C’est la méditation
du second degré.
A la fin de cette étape, on a une sensation de bien être et de joie. C’est la méditation primauté.
Les effets immédiats de la méditation se font ressentir sur l’organisme, redonnent de l’énergie
pour continuer les étapes suivantes, assurent une stabilité émotionnelle et un niveau optimum de
sérénité. Dans le langage du conditionnement, le succès de la deuxième étape assure une inhibition
des stimuli déclencheurs de l’anxiété et permet une désensibilisation à leur égard. Un processus
progressif d’extinction de l’angoisse s’installe.
En observant le cerveau par scanner, on voit que la transmission des informations entre la zone
Wernicke et celle de Broca s’arrête, c’est à dire que le pratiquant a réussi à bloquer le sentier
du langage (the pathway of language). Son cerveau atteint est coupé du monde matériel et ne se
localise que sur l’esprit. L’esprit y est absorbé dans un état de lucidité sereine et béatifique,
supra conceptuelle donc ineffable.
C’est durant ce parcours que peuvent se développer spontanément, ou être cultivés volontairement,
les pouvoirs supranormaux : télépathie, clairvoyance, précognition, effets psychokinétiques et autres.
Mais ces sous-produits de la méditation ne sont pas obligatoirement liés au progrès spirituel, qu’ils
peuvent même entraver, s’ils deviennent facteur d’attachement.
Dans le jargon de la méditation, on atteint the unified mind (l’esprit unifié) qui est vide de parole
aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur.
Au point de vue des effets biologiques, on mesure chez le pratiquant une diminution de la consommation
d’oxygène - dont la diminution importante de la fréquence respiratoire peut atteindre quatre cycles
par minute chez un pratiquant entraîné- et du métabolisme basal (85% de la normale) et de l’élimination
du gaz carbonique, couplée à une augmentation des ondes alpha à l’électroencéphalographie, qui suggérerait
un état d’ « éveil hypométabolique ». La baisse des taux sanguins des lactates et du cortisol, l’augmentation
de la résistance électrique de la peau étaient en faveur d’une réduction de la sensibilité au stress et
à l’anxiété. On a déjà vu des pratiquants sécher sur leur corps nu, trois fois de suite, pendant la nuit
la plus froide de l’année, des draps mouillés d’un mètre sur deux trempés dans de l’eau glacée.
Pour les effets électro encéphalographiques, le pratiquant peut produire une augmentation du rythme alpha,
qui s’étend aux régions centrales et frontales du cerveau et peut persister les yeux ouverts, à laquelle
peut s’adjoindre du thêta rythmique chez les pratiquants assidus. Mais la somnolence éventuelle, l’ennemie
du méditant, s’inscrit sous la forme d’un tracé d’endormissement… voire d’un sommeil qui n’existe pas.
On peut dire que ce rythme alpha soutenu témoigne d’un calme vigilant souhaitable. On constate souvent
aussi une augmentation de l’activité béta, de rythmes rapides qui ne sont pas stoppés même par un stimulus
douloureux et traduisent l’excitation de l’appareil cérébral, coupé des données sensorielles externes et
du sens interne. On constate que le méditant est équanime et vigilant devant un monde qui bouge.
Mais ce sont les effets-causes biologiques qui seraient plus importants aux yeux des pratiquants, quand ils
proviennent d’une vision spirituelle qui a orienté le psychisme et entraîné le corps en une autre manière
d’être. La méditation n’est pas angélique et s’incarne profondément, à la différence d’une simple réflexion
philosophique. A leur tour, les effets biologiques constituent une base convenable pour les changements
psychiques et l’ouverture spirituelle, suivant une causalité complexe et circulaire que les pratiquants
doivent observer attentivement.
Troisième étape : c’est la maîtrise des sensations par le détachement d’équanimité.
On quitte la joie et on entre dans l’équanimité. Il s’agit d’un état de méditation profonde obtenue par la
stabilisation de l’esprit, exempt de concept d’analyse, de joie, de plaisir ou de souffrance mentale :
c’est à dire la pure équanimité. C’est la méditation du troisième degré ou égalisation méditative.
Quatrième étape : la présence éveillée qui mène à l’état de « tatha », c’est l’extinction.
On continue la méditation et on fait l’expérience de la respiration automatique, contrôlée seulement par
le système nerveux autonome, sans passer par le système nerveux central. On rappelle l’image de la phrase
« NE PARLE PAS » mais on ne l’entend pas, on ne la lit pas, on ne la prononce pas, cependant on connaît
tout de suite la signification. La parole et la pensée s’évanouissent dans un silence total. Il ne reste
que la présence éveillée du pratiquant dans un continuum lumineux au-delà de l’esprit conceptuel et dualiste.
On atteint alors le quatrième degré appelé encore la méditation du diamant très solide, que rien ne peut
perturber. Le terme technique pour désigner cet état de calme parfait est le « tatha », l’ainsité indescriptible
qui transcende tout raisonnement et où, selon le « tathagata », l’ainsi-venu, le flux de conscience est
devenu si tenu, profond, paisible, dénué de complexité et si malléable qu’il est tel un vide clair, lumineux
où toute réalité peut apparaître à souhait.
L’essence de méditation se trouve dans ce « tatha », la réalisation de la méditation du diamant est rendue
possible grâce à l’arrêt de trois activités karmiques de l’homme, dont les deux plus importantes sont réglées
par les deux centres nerveux de la parole et la pensée. Le troisième centre est celui de la respiration
qui bascule naturellement du système nerveux volontaire (conscient) vers le centre végétatif autonome.
On réussit à atteindre la dimension globale, unique de l’esprit, on a une vision lucide, transcendante, non
duelle, de ce qui s’appelle C’EST (NHU). Cette expression spontanée, non empêchée de la sagesse ultime qui
éclaire le pratiquant est à la fois le moyen de la libération et le témoignage de ce que la liberté est déjà
là. La vision transcendante est l’agent de la dissolution de tous les liens et de la connaissance intégrante
de tous les points de vue partiels.
Seule véritable force de transformation et de libération, le C’EST (NHU) peut s’exercer même sans culture
systématique de la concentration bien que cette dernière en facilite et accélère les effets.
La vision claire et ouverte réalise la connaissance juste et la transformation par la disparition des
obstacles affectifs et cognitifs, que la construction historique du MOI oppose à l’élargissement de la
conscience.
Elle effectue ce que les occidentaux appellent la « désautomatisation » ou la déprogrammation des processus
cognitifs figés. La désidentification d’avec ce Moi- ultimement « illusoire »- bien qu’il ait été temporairement
nécessaire- constitue la tâche fondamentale et redoutable du pratiquant d’une voie spirituelle. Elle culmine
dans la réintégration en C’EST (NHU) d’identité suprême, l’identification Atman –Brahman, le Nirvana,
la cessation définitive de toute trace d’ignorance et d’attachement au désir et à la répulsion.
Quand le pratiquant peut rester longtemps dans l’extinction (Diet tan dinh, Vajira samâdhi ou Nirodha
samâpatti en Pali) le pratiquant pourrait :
se rappeler toutes ses vies antérieures (Tuc mang minh : pubbenivâ sânussati nânavijjo)
voir le karma des êtres et la ronde de leurs renaissances dans la souffrance
voir leurs causes originelles provenant des trois karmas :
- Le karma causé par un acte prémédité, intentionnel (Viet : y nghiep, Pali : mana-kamma)
- Le karma causé par la parole (Viet : khau nghiep, Pali vâci-kamma)
- Le karma causé par un acte corporel (Viet : than nghiep, Pali : kâya-kamma)
C’est le lien de causalité : cause-effet ou action-réaction. C’est une loi naturelle universelle.
Le mot technique de cette vision est « Thien nhan minh » (Viet) et Dibbacakkhu (Pali)
Le pratiquant constate aussi que la nature est impermanente et conditionnée à tous les phénomènes
(le monde phénoménal), en déduisant les quatre nobles vérités et la cause première du Samsâra, cycle
de renaissance et de mort, provoqué par les souillures et les débordements provenant des sens (kâmâsava),
de l’attachement à soi (bhavâsava) et surtout de l’ignorance (avijjâsava).
La reconnaissance de ces vérités permettrait au pratiquant d’atteindre le « Lau tan minh »
(Asavakkhaya-nânavijjo en Pali), et l’élimination de toutes les souillures ou extinctions des passions.
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